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China through the looking glass

La Chine vue de l’autre côté du miroir. 

Metropolitan Museum of Art New York  - La Tour Noire

C’est sur un air de Sinatra : « New York, New York », que nous partons à la découverte des trésors cachés de Big Apple.

New York, c’est la porte d’entrée du nouveau monde et la promesse d’une vie nouvelle pour ces milliers de voyageurs qui y posent leurs valises. Elle symbolise à elle seule le rêve américain, celui du self made man, une idée si chère aux américains.
Cosmopolite, New York est la ville qui ne dort jamais.

Pas facile de parler des merveilles de cette ville immense sans tomber dans les clichés. Célèbre pour son architecture : gratte-ciel, immeubles aux briques rouges, central parc, les avenues où se côtoient luxe et mode et business, sans oublier la série « sex and the City » qui se déroule là bas.

Adulée ou détestée New York laisse une empreinte indélébile à chacun de ses visiteurs.

C’est à New York, que se trouve l’une des plus extraordinaire merveille culturelle qui existe au monde.
Oubliez Paris et son musée du Louvre, Londres et son British Muséum, Saint-Pétersbourg et son Ermitage ou le Guggenheim de Bilbao. Soyez les bienvenus au Metropolitan Muséum of Art. Le MET pour les intimes.

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Le MET est l’un des plus grands musées d’Art du monde. Ses collections abritent plus de deux millions d’œuvres d’art. Le Met est aussi connu pour son gala costumé et son bal orchestré par la papesse de la mode Anna Wintour.
Chaque année ce gala annonce l’inauguration d’une exposition sur le thème de la mode. Cette année le gala annuel du MET inaugurait l’exposition « China Through the looking glass ».

L’influence de l’art chinois sur la mode

A défaut d’assister au Gala du Met, nous nous rendons dans ce temple de la culture pour voir de près cette exposition.
Une exposition qui nous montre rien de moins que l’impact de l’esthétisme chinois sur la mode occidentale.
La Chine a alimenté l’imagination des artistes pendant des siècles. Dès le 16ème siècle, période du premier contact avec l’empire du milieu. L’occident est enchanté par une image énigmatique de la civilisation chinoise qui fournit une belle inspiration pour la haute couture : de Paul Poiret à Yves Saint Laurent.

« China through the looking glass » est un concept unique qui mêle références stylistiques, tradition esthétique et culture chinoise. Tout au long de l’exposition des films sont projetés pour révéler la vision hollywoodienne de la Chine et reconnaître l’importante du 7ème art comme un moyen de comprendre la richesse de la culture chinoise.

CHINA THROUG the LOOKIN GLASS - La Tour Noire

Le Wuxia ou le héros martial

Pour l’occident, les fantaisies les plus fascinantes de la Chine sont les «Wuxia » un genre littéraire où des fictions ont pour thème les aventures du « Chevalier errant ». Ces aventures se déroulent généralement durant la Chine antique.
Le héros est habile de son sabre et doté d’une compétence subtile en art martial. Il est épris de justice mais méprise la richesse et le désir. Le Wuxia possède une influence très présente dans la mode contemporaine.

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Guo Pei ou l’art de l’assimilation

Les créateurs chinois puisent fréquemment leur inspiration dans leur propre culture et leur éducation. Cependant ils gravitent souvent autour des mêmes motifs et images.
Malgré un écart entre la vision occidentale de leur pays et une vision personnelle de leur propre culture, la mode est un domaine où les créateurs des deux horizons partagent une vision commune : la beauté et le savoir-faire.
Guo Pei, une figure d’excellence de la Haute Couture Chinoise trouve son inspiration dans l’iconographie bouddhiste. La fleur de lotus par exemple. Elle est l’un des 8 symboles du bouddhisme et représente la pureté.
Guo Pei combine des éléments occidentaux et orientaux. Ce n’est pas une pale reproduction d’exotique mais une parfaite assimilation des codes. Guo Pei adopte la mode comme un symbole de « langue culturelle commune ».

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La chinoiserie

Il faut cependant reconnaître que l’idée de la Chine reflétée par la Haute couture et le prêt-à-porter relève souvent d’inventions fictives.
Les collections offrent à voir une réalité onirique parfois illogique. La Chine était une terre hors de portée à l’époque des grands voyageurs. L’attrait pour la chinoiserie est apparu fin 17ème siècle et a atteint son apogée vers le 18ème siècle. La Chinoiserie est le résultat d’une vision idyllique et mystérieuse de la Chine.

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Saint Laurent et Opium

A ce jour l’expression la plus marquante de la mode « chinoiserie » est la collection extravagante de l’automne/hiver 1977 par le vénérable Yves Saint-Laurent.
Cette collection éblouissante est un subtil mélange des idées occidentales de Genghis Khan et ses guerriers mongols, ainsi que de la splendeur de la cour de l’impératrice Quing.
Yves Saint Laurent lui-même disait de cette collection « Je suis retourné à un âge rempli d’élégance et de richesse, à bien des égards c’est comme si j’étais retourné dans mon propre passé ».

Cette collection a coïncidé avec la sortie de son mythique parfum Opium. Ce nom fut très controversé, jugé comme une approbation de la drogue mais aussi comme un clin d’œil à la guerre de l’Opium du XIXème siècle entre la Chine et la Grande-Bretagne.
L’affiche publicitaire qui représente Jerry Hall sous l’objectif d’Helmut Newton, dans une position lascive à forte connotation sexuelle à côté de d’une statue de Bouddha montre l’audace du couturier à mélanger deux cultures parfois opposées.

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La Chine source d’inspiration des parfumeurs

Paul Poiret fut l’un des précurseurs de la « mode chinoiserie ». L’orientalisme est d’ailleurs l’un des thèmes favoris du célèbre couturier. Le couturier voulait transmettre cette vision chinoise dans ses parfums.
Paul Poiret fut l’un des premiers à créer un parfum qui est inspiré de la vision occidentale de la Chine. Ce parfum se nommait d’ailleurs « La nuit de Chine ». D’autres parfums ont par la suite vu le jour comme « Joie » de Jean Patou, ou encore le Jade de Roger et Gallet.

La porcelaine bleu et blanc

L’objet le plus emblématique de l’art chinois est sans doute le vase de porcelaine bleue et blanche. Ces porcelaines se retrouvent au cœur des inspirations des couturiers pour les collections de pièces Haute Couture.
L’histoire de la porcelaine bleue et blanche résume les siècles d’échanges culturels entre orient et occident. Développée pendant la dynastie Yuan, la porcelaine blanche et bleue a été exportée en Europe au 16ème siècle. Sa popularité a augmenté au cours du 17ème siècle au moment où la chinoiserie prit son essor.

Des pays comme les Pays-Bas (la faïence de Delft), l’Allemagne (Meissen ou la porcelaine de saxe), L’Angleterre (porcelaine de Worcester) ont commencé à produire leurs propres porcelaines.
Le potier Thomas Minton avec les fameux « Willow Patern » dont le design est inspiré de la Chine du 18ème siècle montre l’intérêt sans cesse renouvelé pour l’empire du milieu.

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La calligraphie

Si le langage est souvent une barrière dans la découverte d’un pays, la mode est un langage universel. Il n’est donc pas étonnant que ce milieu voue un intérêt particulier à l’art de la calligraphie. Il faut cependant reconnaître que les créateurs sont plus fascinés par leur esthétisme que par leur signification.
La Calligraphie en Chine est l’expression du plus haut degré de l’art. Les robes de Christian Dior ou encore de Gabrielle « Coco », arborent des caractères chinois en guise de motifs décoratifs, pour sublimer les créations.

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La route de la soie.

Symbole ultime du luxe, l’appétit de la mode occidentale pour la soie n’a jamais cessé. Dès les premiers échanges commerciaux Chine-Occident, la soie est une véritable obsession.

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Le Rouge

Dans la culture chinoise la couleur rouge correspond traditionnellement à l’élément du feu. Le rouge est aussi symbole de la révolution communiste après la fondation en 1947 de la république populaire de Chine.
Pour l’occident le rouge est fortement associé à l’empire du milieu. Cette couleur fut le thème principal de la collection Manifesto de la maison Valentino.
Présenté à Shanghai en 2013, Maria Crazia et Pierpaolo Piccioli qualifient cette collection comme « les nuances de rouge ».
Symbole de la maison Valentino, le rouge conçu dans cette collection met en scène la dentelle et des broderies magnifiques.

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La claire de lune

Cette exposition s’intitule « China through the looking glass » ou littéralement « la Chine vue au-delà du miroir ».
Le miroir est souvent comparé en Chine au reflet de la lune sur l’eau ou le clair de lune, en référence au Bouddhisme.

Utilisé pour décrire un bel objet « le clair de lune » se réfère à un niveau de perfection tel que l’objet devient transcendant et illusoire. C’est aussi l’expression d’un désir de romantisme comme l’exprime si bien le poète Huang Tingjian. L’exposition met en scène des créations à couper le souffle sur fond de clair de Lune, rendant l’atmosphère romantique et onirique.

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Pour Finir

Cette exposition met en scène plus de 140 pièces de Haute Couture, entrecoupées de projections cinématographiques. Par un savant mélange de deux cultures parfois éloignées, la mode a su exprimer la beauté orientale et le savoir-faire occidental.
Comme par un coup de baguette magique la distance entre les deux mondes diminue. Le naturel et l’authenticité de l’est se marient à la perfection avec la sophistication de l’ouest. La mode devient un langage dynamique, l’expression même de la liberté multiculturelle.

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